Nicolas Bouleau est mathématicien à l’Ecole des Ponts. Il s’est d’abord intéressé à la modélisation comme interprétation (Philosophies des mathématiques et de la modélisation, L’Harmattan 1999), puis à la finance de marché (Mathématiques et risques financiers, O. Jacob 2009) et à l’économie en général par plusieurs articles dans la revue Esprit dont le remarqué « Un, deux, trois, soleil; pourquoi les négociations sur le climat sont mal parties » (décembre 2009). Il est un des contributeurs de l’ouvrage Vers une société sobre et désirable de la fondation Nicolas Hulot ss la dir. de Dominique Bourg et Alain Papaux 2010. Il critique la pensée économique comme institution historique liée au progrès commercial et industriel située à mi chemin entre la religion et la science et utilisant un langage très particulier qui l’empêche de penser les limites.
Je vous propose donc de vous échauffer en lisant cette fascinante explication des risques intrinsèques aux jeux de la finance. La suite de l’interview se dévoile en cliquant sur la balise « lire la suite » ou en téléchargeant le pdf.
LeblogduDD : Dans votre livre « Mathématiques et risques financiers », vous comparez les métiers de la finance au jeu de la calebasse. Pouvez-vous réexpliquer le lien entre ce jeu de hasard et les stratégies dans les salles de marché ? Peut-on interpréter les crises financières comme des événements peu probables mais de forte perte, qui sont intrinsèques aux méthodes des acteurs financiers ?
N.Bouleau : J’aurais pu prendre l’exemple du jeu de poker où chacun sait bien qu’il ne vaut mieux pas jouer contre un joueur dix fois plus riche que soi. Mais le jeu de la calebasse est plus simple, plus pur aussi, sans histoires de bluff etc. C’est un jeu africain ancien qui fait comprendre la faiblesse du concept « d’espérance mathématique » bien mieux que les paradoxes tels que celui dit de St Petersbourg ou autres : chaque joueur dispose initialement du même nombre de graines. Les graines sont identiques sauf la couleur, chaque joueur a des graines d’une seule couleur. La calebasse est un grand récipient creux possédant en son centre l’amorce d’une tige sur laquelle ne peut se loger qu’une seule graine. Les joueurs mettent dans la calebasse autant de graines qu’ils veulent. On secoue plusieurs fois jusqu’à ce qu’une graine reste sur la tige. Le joueur dont c’est la couleur remporte tout ce qui est dans la calebasse. Ce jeu peut faire l’objet d’une analyse détaillée mais le plus pédagogique est de le pratiquer. On se convainc après des déboires répétés que les stratégies prudentes qui consistent à mettre peu de graines sont mauvaises et qu’il vaut mieux au contraire utiliser toute la puissance dont on dispose pour « tirer le hasard vers soi ». L’espérance de gain ici reste nulle et c’est la probabilité que l’on configure. Sur les marchés financiers c’est ce que font tous les traders. Il vaut mieux organiser son portefeuille de titres (actifs classiques, options, dérivés de taux, dérivés de crédit) de sorte qu’on est un peu bénéficiaire avec 99% de chances plutôt que de se mettre dans une situation où l’on gagnerait énormément avec 1% de chances seulement. Le hasard pur n’a pas de mémoire et s’il est tombé hier dans les 99%, il a encore 99% de chances d’y retomber aujourd’hui. Ce n’est que sur des périodes extrèmement longues (avec des temps de retour de décennies) que les lois du hasard y retrouvent leur compte.
En plus lorsque le « pas de chance » adviendra, ce sera une configuration particulière du paysage financier qui permettra facilement au trader d’expliquer qu’il n’y est pour rien.
Donc tous les acteurs des salles des marchés se mettent dans de telles configurations. Ceci explique que des phénomènes de pertes extrêmes se produisent ici ou là comme une sorte de scintillement quantique. Alors en général la banque se désolidarise de son employé et met toute la responsabilité sur le dos du trader et des risques qu’il a pris. On n’a jamais vu un établissement financier plaider contre un trader qui aurait fait gagner beaucoup d’argent en prenant plus de risque que conformément aux recommandations de Bâle !
Ordos, voilà un lieu bien singulier. Cette ville chinoise a tout pour plaire : opéra, stade, musée, palais des expositions… Ses bâtiments flambants neufs sont sensés accueillir 1 million d’habitants. « Sensés » ? Et oui, car cette splendeur des temps modernes est en fait une ville fantôme !
Nous sommes en 2004, dans la vielle ville de Ordos. La province joui alors d’une des plus fortes croissances de Chine. Désireux de maintenir son essor, le gouvernement local investît plus de 2 milliards d’euros dans un grand projet de construction : Ordos la nouvelle. Le but est clair : « désengorger » la vieille ville, créer un nouveau pôle économique et promouvoir ainsi une croissance effrénée.
Malheureusement le résultat est tout autre, les habitants de la vieille ville refusent de déménager. Bien sur, la région pensait bien faire. Si le gouvernement chinois prévoit de gros chèques pour soutenir les grands projets immobiliers, c’est qu’il doit y avoir une raison ! Les promoteurs se sont aussi jetés sur l’occasion pour placer leur argent. Mais voilà, personne ne veut habiter une ville fantôme.
Cette ville est-elle un symbole de la défaillance du système économique ? Pour maintenir artificiellement la croissance, la Chine est prête à investir des milliards dans la construction d’un mirage. N’est-ce pas là le signe que la recherche perpétuelle de croissance est absurde ?
Merci à Marc pour cette trouvaille! Voir aussi le site d’Arte pour une version française des faits.
Pour tout ceux qui ne sont pas familliarisés avec la théorie de la décroissance je vous propose une courte introduction de Serge Latouche, professeur à la faculté de droit, économie et gestion Jean Monnet (Sceaux) de l’Université Paris-Sud.
Proche de la simplicité volontaire, la décroissance vise à rompre avec le système économique actuel qui n’a de salut sans croissance.
La Commission de Mesure de la Performance Économique et du Progrès Social a rendu lundi son rapport sur le PIB, l’environnement et le développement durable, et la qualité de la vie. Cette commission, née sous une proposition de Sarkozy en janvier 2008, a pour but de développer une « réflexion sur les moyens d’échapper à une approche trop quantitative, trop comptable de la mesure de nos performances collectives » et d’élaborer de nouveaux indicateurs de richesse.
En effet, aujourd’hui, n bouchon sur l’autoroute conduit à la hausse du PIB car il y a consommation d’essence. Le mal-être des usagers, la pollution de l’air ou les émissions de gaz à effet de serre ne sont pas pris en compte.
Citation de la synthèse du rapport:
« Le rapport établit une distinction entre évaluation du bien-être présent et évaluation de sa soutenabilité, c’est-à-dire de sa capacité à se maintenir dans le temps. Le bien-être présent dépend à la fois des ressources économiques comme les revenus et des caractéristiques non économiques de la vie des gens : ce qu’ils font et ce qu’ils peuvent faire, leur appréciation de leur vie, leur environnement naturel. La soutenabilité de ces niveaux de bien-être dépend de la question de savoir si les stocks de capital qui importent pour notre vie (capital naturel, physique, humain, social) seront ou non transmis aux générations à venir. »
Nous ne sommes qu’au stade de l’analyse et de propositions mais la mise en place de nouveaux indicateurs va dans le sens de meilleures décisions politiques et vers un nouveau modèle de société.
Tout les objets que nous possédons ont une histoire. De la mine jusqu’au magasin en passant par l’usine, multiples sont les étapes qui les mènent jusque dans nos mains.
« The story of stuff » est une vidéo qui explique ce trajet en détaillant chacune des étapes du cycle de vie d’un produit. Cette approche globale montre du doigt les dérives du credo consumériste actuel.
Fabrice Flipo est Maître de conférences en Développement durable, philosophie des sciences et techniques, à l’école TELECOM & Management SudParis, où il anime également le groupe de recherche « l’ambivalence des TIC numériques dans la globalisation ». Il revient sur l’impact environnemental et sociétal des TIC pour Novethic, média expert en développement durable (www.novethic.fr)
Peut-on quantifier l’impact environnemental des technologies de l’information et de la communication (TIC) ?
Fabrice Flipo. Le cabinet de consulting américain Gartner l’a fait en 2007. Il affirmait à l’époque que le secteur représentait 2% des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) mais cela dépend du périmètre que l’on étudie. Si l’on s’en tient aux strictes télécoms, que sont Internet et la téléphonie, c’est un chiffre certainement valable. Mais aujourd’hui, les TIC sont partout. On trouve des puces électroniques dans nos voitures par exemple. En élargissant le périmètre à l’ensemble des TIC, je pense que l’on peut atteindre facilement les 3 ou 4% !
Concrètement, comment cela se traduit-il ?
Fabrice Flipo. L’impact des TIC sur l’environnement provient essentiellement de la forte consommation d’énergie du secteur. D’après un rapport du Conseil général des technologies de l’information, les TIC pèsent 13,5% de la consommation électrique française. Cette consommation implique des émissions de CO2 mais ce n’est pas le seul impact. Il faut également considérer les matériaux utilisés pour leur fabrication. Ce sont surtout des matériaux épuisables, comme le lithium qui entre dans la composition des batteries. Sa raréfaction a d’ailleurs entraîné une flambée des prix sur le marché.
La question des déchets électroniques et de leur gestion devient donc primordiale. En France, nous sommes très en retard sur le sujet. A vrai dire, on ne sait pas trop où nos déchets finissent. Il faut savoir que nous produisons chaque année 16 kg de déchets électriques et électroniques ménagers par habitant, même si les TIC représentent une petite partie seulement de ce total. Au final, cela représente environ un million de tonnes annuelles. Or, dans le cadre de la directive européenne DEEE, il nous était imposé d’en recycler au moins 4 kg/hab/an fin 2006. Aujourd’hui, nous arrivons à peine à en traiter 2,5. C’est dire si cette directive a été bien transposée en France !
Richard Heinberg, considéré comme l’un des principaux spécialistes de la question du pic pétrolier, commente le bon et le mauvais de l’utilisation du pétrole.
Voilà les paroles de Richard Heinberg, consultant à la Post Carbon Institute. Lors d’une interview, diffusée sur actu-environement, il s’en prend à notre modèle économique à forte croissance. Selon ses dires, perpétuer un tel modèle relève de l’insoutenable.
Encore une fois, le nerf de la guerre c’est le pétrole. Heinberg affirme que le pic pétrolier est proche et que la production mondiale ne pourra pas augmenter sans cesse. La raréfaction de cette matière première annonce une nouvelle ère du pétrole cher, voir hors de prix. Notre économie entière étant intimement lié à ce combustible fossible, on peut imaginer les dégats que cela pourrait causer.
A nous maintenant d’inventer une nouvelle économie basée sur un autre type de croissance qui donnerait plus de valeur aux ressources naturelles. Heinberg dénonce également un manque cruel d’agissement de la part des politiques dont il juge les prises de décisions comme n’étant pas à la hauteur du défi qui nous attend.
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