lipo2demi_gde

Liposome ou nanovecteur de médicament de deuxième génération © CNRS Photothèque/SAGASCIENCE / CAILLAUD François

Après l’Introduction aux nanotechnologies faite dans un article précédent, il s’agit à présent de détailler quelques applications des nanotechnologies.

Les nanotechnologies dans l’industrie

Les nanotechnologies sont-elles déjà commercialisées ? La réponse est oui. Il existe en fait de nombreux exemples d’utilisation des nanos dans des produits commercialisés.

Les emballages des barres Mars sont constitués d’oxyde de titane nanométrique pour ses propriétés d’étanchéité : transparent, il sert à empêcher l’oxygène de gagner l’aliment. Kraft et Nestlé travaillent sur le goût, les couleurs et les propriétés nutritives de leurs produits avec l’aide de nanos. Monsanto et BASF, connus pour leurs semences OGM et autre Round Up, travaillent sur des nanocides. En textile, on pourrait imaginer des chaussettes sans odeur, des matériaux auto-réparant ou décontaminant. En médecine, des pistes existent pour guérir les cancers ou réactiver la vue de non- ou mal-voyants. Le vaccin H1N1 contient des nanotechnologies, et c’est aussi le cas de crèmes solaires ou de dentifrices.

Aujourd’hui, les nanos sont utilisées dans trois domaines principaux :

- la nanoélectronique, qui est la miniaturisation des composants électroniques — des ordinateurs notamment. Ce développement profite en contrepartie à la recherche sur les nanos elle-même, en rendant les équipements informatiques de plus en plus performants.

- les nanomatériaux : l’intérêt des nanotechnologies est que plus la taille des particules composant un matériau est petite, plus sa résistance augmente. Les nanos sont ainsi utilisées dans toutes les technologies relatives à l’énergie (batteries, matériaux isolants…), dans l’industrie automobile (batteries véhicules hybrides, matériaux résistants aux éraflures ou anticorrosion, etc.), ou encore dans l’optique (plastiques résistants aux éraflures pour lunettes et lentilles, verres teintés, etc.). Les nanomatériaux sont le premier domaine des nanotechnologies à avoir été commercialisé.

- les nanobiotechnologies : elles repoussent les limites de la médecine traditionnelle et représentent donc un énorme potentiel dans l’avancée de la médecine moderne. On retrouve notamment l’utilisation des nanos dans la fabrication de biopuces ADN (pour lire le génome) ou environnementales (pour mesurer le niveau de contamination par micro-organisme ou pesticides dans de l’eau par exemple).

Il n’y a, à l’heure actuelle, aucun étiquetage, aucune traçabilité ou études toxiques et sanitaires sérieuses sur les nanos. Seuls effets connus, de possibles dommages sur l’ADN, la mort accélérée des cellules, ou encore des effets inflammatoires comparables aux effets produits par les ondes électromagnétiques. Les questions sont encore nombreuses autour des nanos. Que deviennent les nanotubes dans une décharge ? Où vont les nanoparticules de crème solaire qui pénètrent dans la peau ? Pourtant, la recherche continu d’explorer de nombreuses autres applications possibles.

Les champs d’application explorés par la recherche

La recherche se penche aujourd’hui sur plusieurs applications avancées des nanos.

La molécule électromécanique (MEM) en est une. Une MEM est un microsystème souvent réalisé sur du silicium. Comme son nom l’indique, elle combine des fonctions électroniques et mécaniques. Nous avons vu dans l’article précédent qu’une nanotechnologie pouvait aussi combiner des fonctions chimiques et biologiques.

Une MEM est comme un micro-laboratoire qui peut par exemple être intégré dans une puce, dans le corps humain : la MEM est équipée d’un capteur biologique, relié à un actionneur et un rotor au niveau microscopique, qui peut, par exemple, libérer de l’insuline au moment le plus adapté. L’exemple ici serait d’associer cette MEM à une puce RFID ou une autre technologie sans fil qui permettrait d’envoyer les informations du corps humain en temps réel sur un ordinateur, et donc potentiellement sur les réseaux.

Comme applications étudiées par la recherches sur les nanos, on trouve aussi les vecteurs de médicament. Ils sont 70 fois plus petits qu’un globule rouge. Ils savent reconnaître la signature d’une molécule, notamment exogène. Un nanovecteur peut contenir un principe actif : il est ainsi aujourd’hui possible de tuer des cellules cancérigènes in vitro. Les cellules du foie luttent contre les corps étrangers, dont les nanovecteurs. C’est pour cela que la deuxième génération est recouverte d’un matériau les rendant furtifs et donc non-combattus par l’organisme. En plus de l’encapsulation et de la furtivité, le « nanovecteur 3G » a une tête chercheuse qui peut reconnaître les cellules cibles. Avec cette technologie, une amélioration significative a par exemple été observée pour le traitement de la leucémie chez les souris.

Si l’industrie nanotechnologique n’est pas assurée, comme le nucléaire, elle a déjà passé un cap : les nanos sont hasbeen, place à la convergence NBIC. Les NBIC ? La combinaison de nanos, de biotechnologies, de technologies de l’information et de sciences cognitives, tout simplement !

Avec les NBIC, nous arrivons sur le terrain du transhumanisme . D’ailleurs, l’initiative sur les nanos lancé par Clinton fut menée par un transhumaniste. L’étape ultime, l’homme bionique : l’électronique contrôle les muscles, des nanos captent des informations pour les diffuser sur des réseaux, ou encore des facultés cognitives qui peuvent s’adapter d’elles-mêmes à l’environnement. Au final, un véritable programme métaphysique avec création de machine artificielle dont le génome est maitrisé, le tout dans un cosmos maitrisé.

Certaines nanotechnologies sont donc déjà dans notre vie quotidienne, et les grands groupes pharmaceutiques, agro-alimentaires, d’armement, ou encore de textile travaillent sur de nombreuses nouvelles applications futures. Même le Commissariat d’Etude Atomique (CEA), leader de la recherche sur le nucléaire, abandonnerait son précieux pour les technologies nanométriques [1] .

Les nanos représentent donc un projet politique, philosophique et scientifique. Des choix collectifs doivent être faits et cela soulève, comme le voudrait une politique énergétique locale et durable, de vraies questions de démocratie. Si la connaissance n’est pas l’ultime fin, quelle est la finalité ? A qui ces nanos profitent-elles ? Qui est et sera responsable ? Les investissements sont-ils justifiés ? Quels sont les avantages et les risques pour l’être humain ? Le vivant ? L’environnement ? Eléments de réponse dans le prochain article.

  1. Source 20Minutes []