En ce moment, Madame Lagarde est sous les projecteurs. Entre l’affaire Tapie et sa candidature à la tête du FMI, les polémiques vont bon train. Le moins qu’on puisse dire, c’est que la prétendante au trône FMIesque ne fait pas l’unanimité. Certains la trouvent remarquable, d’autres incompétente. Mais dans une économie de consommation comme la notre, accro au pétrole, peut-on occuper un poste de cette importance sans une vision claire de cette question?

Le mois dernier, Madame Lagarde affirmait que le cours du brut avait baissé [1] . « Mais le prix du gasoil » s’étonne-t-elle, « il a baissé, mais peut-être pas tout à fait assez ». Conclusion de cette petite histoire ? Les pétroliers s’en mettent plein les poches. Du coup, rien de plus simple, faisons payer aux marchands d’or noir les coûts de la hausse.

Mais de quoi parle-t-elle donc? Le prix du pétrole est-il enfin en train de baisser ? En fait oui, depuis 2 mois, le cours du brut a connu une légère baisse. Mais on se rend vite compte que ceci n’est que marginale par rapport à la tendance haussière de fond, qui tient depuis un moment. Seule exception à cette hausse réglée comme du papier à musique, l’année 2008. Vous l’aurez compris, crise financière oblige. Les cours avait alors brutalement monté, puis s’était effondré aussi vite. Mais dans le monde du pétrole, c’est déjà de l’histoire ancienne, puisque le prix est aujourd’hui bien au dessus des cours d’avant crise.

En moins de 10 minutes, Madame Lagarde fait largement étalage de sa méconnaissance du sujet. Car évidemment, avec ses 10 milliards de bénéfice par an, qui ne rêve pas de faire payer le géant Total ? Mais en a-t-elle vraiment les moyens ? En fait Total est déjà au coeur des polémiques fiscales, puisque la première entreprise de France ne paie aucun impôts sur les sociétés en France [2] . Visiblement, quand il ne s’agit pas de draguer les automobilistes, ceci n’a pas l’air de l’inquiéter.

Mais surtout, même en imaginant que Madame Lagarde aille au bout de son discours, cette « solution » a-t-elle un sens ? Car pourquoi les prix sont-ils globalement à la hausse? On parle beaucoup de spéculation, ou des évènements au Magreb, finalement on retient toute explication qui permettrait de penser que cette hausse n’est que passagère. Mais s’il y a bien un seul sujet sur lequel les écologistes s’accordent avec Total [3] , c’est bien sur l’imminence du pic pétrolier [4] . En fait les prix montent car la production arrive à saturation. A l’échelle mondiale, le pétrole circule à flux tendu, en gros, plus possible d’accumuler des barils sous le coude en cas de coup dur [5] . De l’autre côté, la pression de la demande ne cesse d’augmenter, dopée par la croissance des pays émergents. Est-il donc raisonnable de tenter des tours de passe-passe pour compenser la hausse des prix ? Nous ne faisons que repousser le problème, et il aura tôt fait de nous rattraper. Cette attitude ne rendra le sevrage que plus difficile. Il est grand temps d’aller de l’avant et de penser enfin à l’après pétrole. Mais évidemment, il est plus facile de nous faire avaler qu’on trouvera un moyen de payer l’essence moins cher, plutôt que d’imaginer circuler autrement.

  1. cf. lemonde.fr []
  2. cf. l’expansion []
  3. cf. LBDD []
  4. cf. le blog très complet Oilman []
  5. En ce moment, on serait même en train de puiser dans nos réserves, cf. NY Times []