Faut-il se sentir coupable de la crise écologique ?

24 05 2010

J’ai eu l’autre jour une conversation très intéressante avec un ami sur les méthodes de sensibilisation à l’écologie. On s’était alors posé la question: doit-on culpabiliser les gens pour les faire réagir ? Comment ne pas culpabiliser en effet en prenant sa voiture à l’heure ou la fin du pétrole se rapproche ? Comment assumer l’achat de 3 ipod alors que plus d’un milliard d’entre nous souffrent de la faim ? Finalement nous sommes tous humains, nous avons envie de nous faire plaisir, mais nous avons aussi une sensibilité. Et ça, plusieurs militants l’ont compris. C’est pourquoi ils tentent d’alerter le publique en montrant des images chocs ou accusatrices, afin de nous pousser à la « rédemption ». Mais est-ce une bonne façon de procéder ?

Je pense clairement que non. D’abord, ce n’est pas efficace, les gens n’aiment la culpabilité. Devant ça, la réaction est souvent de se protéger en se voilant la face, on préfère ignorer les réalités dérangeantes. Mais à l’inverse, trop de culpabilité ne fait pas vraiment avancer les choses. Elever des chèvres dans le Larzac, c’est bien, mais est-ce qu’on contribue ainsi à faire changer la société ?

De plus, ce n’est pas forcément légitime. Beaucoup des problèmes soulevés aujourd’hui sont nouveaux. Pas au sens qu’ils n’existaient pas avant, mais parce que nous n’en n’avions pas conscience. La révolution industrielle à ses débuts a eu des vertus, et nous ne connaissions pas à l’époque ses impacts sur l’environnement. De même, le pétrole nous a permis de formidables accomplissements, il ne s’agit pas de les renier, mais nous savons aujourd’hui que nous nous sommes rendu accro alors que les réserves s’épuisent. Ne ne devons donc ni accuser nos parents, ni culpabiliser de la situation actuelle. Par contre nous devons comprendre que certaines choses ont fait leur temps. Maintenant que les impacts de l’industrie sur l’environnement sont de mieux en mieux compris, n’est-il pas temps de changer notre mode de production ?

L’heure n’est pas à la culpabilisation mais à l’action. Nous devons commencer par assumer nos paradoxes, les contradictions entre nos privilèges et notre impact et notre sensibilité. Nous devons nous ouvrir à la remise en question. Ai-je vraiment besoin de 3 ipod ? Il ne s’agit pas de tout jeter à la poubelle, mais de peu à peu se poser des questions, s’informer, et comprendre que nous entrons dans une nouvelle époque. Nous devons nous ouvrir à un nouveau mode de vie. Les seules choses à jeter son les dogmes de notre société.




Les politiques ne font que leur travail

20 05 2010

Et si l’échec de Copenhague n’était pas la faute des politiques, mais de la nôtre ? Une telle hypothèse peut faire sourire : c’est eux qui y étaient, pas nous. Sauf qu’en réfléchissant un peu, on se rend compte qu’elle n’a rien d’imbécile.

En effet,  il suffit de prendre l’homme politique au pouvoir comme sujet d’étude. Un raisonnement simple et désabusé nous renseigne sur son véritable fonctionnement : il prend une décision à condition que celle-ci rapporte des voix aux élections. Certes,  il existe dans une certaine mesure du courage politique, mais considérons cela comme un acte exceptionnel, comme une « exception qui confirme la règle ».

Vu sous cet angle là, l’échec de Copenhague est révélateur d’une information inquiétante : d’un point de vue politicien, cela ne vaut pas le coup pour tout le monde de mettre en place une gouvernance écologique contraignante et mondiale. C’est peut-être sur ce point que se joue le sort du Monde ! Si tous les politiques sont d’accord sur la nécessité de la lutte contre le dérèglement environnemental, il y a conflit concernant les modalités. Les intérêts nationaux passent souvent avant les intérêts mondiaux.

En ce début de 21ème siècle, dans le jeune combat qui déchire les hommes entre eux pour la survie de leur environnement, si ce n’est du leur, un nouvel enjeu est donc tout à fait décisif. Les hommes politiques qui n’ont pas intérêt aujourd’hui à jouer le jeu, quel que soient leurs raisons historiques et économiques, doivent demain y trouver un intérêt politique et personnel. Autrement dit, c’est le devoir des peuples que de créer l’opportunité à des potentiels leaders déterminés à l’action écologique de gagner des élections. Nous  avons les dirigeants que l’on mérite.

Malheureusement, il est plus facile de convaincre une poignée de dirigeants que six milliards d’humains ! C’est l’inconvénient d’une population mondiale nombreuse : une inertie au changement tous les jours de plus grande ampleur. De plus, convaincre n’a rien d’évident ; il faut pour tout cela des compétences éducatives, et beaucoup de moyens.

Ne plaçons donc pas trop d’espoir dans la capacité des dirigeants mondiaux actuels à résoudre les problèmes écologiques. Il est certain qu’il n’y en a rien à tirer pour l’instant. Pour influer sur le moyen terme, intéressons-nous plutôt à notre pouvoir de persuasion individuel sur les autres : que puis-je faire au quotidien pour la planète, soit, mais aussi que puis-je expliquer à mes amis, dans le journal local et à l’autre bout du Monde ? « L’homme est un animal politique », disait Aristote : nous sommes tous des hommes politiques en puissance. Particulièrement dans cette société de la déresponsabilisation, responsabilisons-nous enfin.

Mais pour convaincre les foules, il ne suffit pas de montrer l’exemple et faire parler les scientifiques. Il faut aussi et surtout faire des compromis. Le temps de « l’’industrialisation » de la pensée écologique est venu : il faut élaborer un message « exportable », c’est-à-dire simple et tolérant. C’est peut-être sur ce dernier point qu’il y a d’ailleurs le plus de travail à accomplir. Puisque la majorité silencieuse a remporté Copenhague, les écologistes ont tort de diaboliser les climato-sceptiques. Au contraire, réjouissons-nous d’avoir identifié notre meilleur ennemi ; si eux  changent d’avis, la majorité suivra. Mais encore faut-il accepter de leur faire face.

Paul-Emmanuel Bidault




Ringenbach : la solution anti-sceptiques qui marche

18 05 2010

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Que cela se passe dans un contexte scientifique, comme l’Université d’Orsay (où réside un certain Claude), ou dans un cadre plus anodin, comme le café du coin, nous sommes quotidiennement confronté au négationisme des cseptiques. Il apparaît alors comme de plus en plus indispensable d’avoir, en toute situation, un bon anti-sceptique à portée de main.

Cette nouvelle nécessité m’amène à vous parler d’une rencontre que j’ai fait il y a quelques semaines. Alors que j’organisais sur mon campus une série d’événements à l’occasion de la semaine du développement durable (dont le planning est ici), nous avons eu la chance d’accueillir un expert du climat spécialisé en stratégie post-pétrole.

Cédric Ringenbach nous a, en effet, fait l’honneur d’être présent pour nous proposer son excellente conférence sur le réchauffement climatique. Il y explique dans le détail les bases et les fondements des théories climatiques mais prend également le temps d’ébaucher un certain nombre de perspectives d’avenir. Au delà du simple constat scientifique, la conférence explicite de vrais solutions pragmatiques et fait comprendre à quel point l’engagement individuel et l’engagement collectif vont de paire.

Encore merci à Cédric pour son excellente prestation !

Vous pouvez retrouver, ci-dessus, la vidéo de son intervention sur le campus d’HEC en partenariat avec l’association Rethink.

Retrouvez également Cédric sur son blogle site de sa société de conseil et son twitter.




Mise au point sur la théorie décroissante

13 05 2010


Part 2

La décroissance, notion longtemps ignorée par les masses, commence peu-à-peu à s’inviter sur les plateaux télé. Si cette idéologie radicale reste encore l’apanage des marginaux, c’est avant tout parce qu’elle fait peur !!

Je vous propose alors, aidé de Serge Latouche (un des meilleurs théoriciens francophones actuels de la décroissance) en vidéo ci-dessus, une petite mise au point pour en finir avec les incompréhensions.

Le concept de décroissance conviviale est né à la suite du Club de Rome qui, en 1968, réunit des experts scientifiques et économiques de 53 pays pour préconiser des solutions pratiques aux problèmes planétaires. En 1972, sort un rapport intitulé Limits to Growth ? (Halte à la croissance ?, en français) qui souligne fortement les dangers liés à la croissance de la consommation des matières premières et de la démographie. L’objectif de croissance économique imposé par le paradigme du développement était alors fortement remis en question. Pas facile à entendre pour tout le monde. Surtout quand depuis notre prime enfance on ne cesse de nous ressasser que l’homme n’a jamais cessé d’évoluer et de se développer à travers les âges. Mais quelle est donc la finalité de ce processus ? En voilà une bonne question ! La décroissance a le mérite de relancer ce débat qui est depuis longtemps laissé de coté.

Vous l’aurez remarqué, l’appellation « décroissance » ne manque pas de susciter de vives réactions. Et ça tombe bien parce que son nom a été choisi pour ça ! Mais au delà du simple message de com, ce que revendique vraiment les objecteurs de croissance c’est avant tout une évolution raisonnée tenant compte des contraintes naturelles et affirmant comme fondamental le principe d’égalité des hommes. Pour les décroissants, face au contexte mondial déplorable, le coupable est tout trouvé et il s’agit de l’addiction à la croissance et à l’économie qui en découle. Cette société de croissance marche sur la tête et court à sa perte il faut donc changer radicalement de cap et revenir à des modes de vie plus soutenable pour vivre « la simplicité volontaire ».

Pour plus d’info Wikipedia et Le Journal de la Décroissance.




Le Blog du DD sur France Info

5 05 2010

J’ai eu l’honneur d’être invité le mardi 4 mai 2010 à L’émission « L’amphi » sur France Info.

Comme chaque mardi, Olivier Emond, journaliste à France Info s’est déplacé dans une université ou une grande école afin de débattre avec des étudiants sur l’actualité de la semaine à partir de sujets qu’ils ont choisis.

L’invité de cette semaine était Noël Mamère, ancien journaliste, homme politique français et élu des Verts. Nous avons ainsi abordé les thèmes d’actualité que sont la loi grenelle II, la catastrophe de la plateforme pétrolière BP, les éco-labels, etc.

Je vous laisse vous faire votre propre opinion sur les propositions de M. Mamère. D’un point de vue humain, le personnage fût extrêmement sympathique ;-) .

Merci à Olivier Emond et à Animafac pour leur invitation.




Climat sceptique pour les rencontres de Bonn

3 05 2010

Les négociations sur le climat viennent de refaire leur apparition à Bönn il y a quelques semaines. Près de 1500 négociateurs ont été appelés à discuter de la suite à donner à la  COP 15 de Copenhague. En fin d’année dernière le résultat était bien connu : un sérieux gâchis de temps. Alors qu’il n’y a plus de tête pour mener les discussions, après la démission d’Yvo de Boer en Mars dernier, le climat de ces négociations s’est vu légèrement pollué par la montée pressante du « climato-scepticisme ». En France, les multiples apparitions à la radio et à la télévision des figures que sont Claude Allègre ou Vincent Courtillot y sont pour beaucoup, mais on constate également que de plus en plus de scientifiques se rallient à leur cause aux États-Unis.

A côté de ce climato-scepticisme, ceux sont les lobbys économiques et industriels, qui ont le vent en poupe. Les moyens utilisés pour arriver à leur fin, c’est-à-dire, lutter contre l’idée de réchauffement climatique afin de ne pas toucher à leurs intérêts économiques, sont grands et les citoyens sont de plus en plus perdus face aux aux différents sons de cloches relayés par les médias. Qui croire ? C’est donc avec ce climat tendu, de suspicion, de doute sur l’avenir, que ces rencontres ont débuté pour mettre en place un calendrier de négociations qui devrait se terminer à Cancun pour la COP 16.

Les négociateurs, qui très souvent, ont consacré une grande partie de leur vie à leur profession, doivent faire face à une crise de confiance. Cette tension a rendu délicate les négociations qui furent incontestablement plus compliquées que celle de Copenhague, où il y avait un certain espoir. Vers qui se tourner ? Le multilatéralisme Onusien a-t-il de l’avenir ? En marges du coeur des négociations, des groupes de travail et de réflexion se réunissent et regrette le manque de volonté politique de la communauté internationale.

Tandis que l’énergie des ONG et des négociateurs s’épuise, celle des multinationales parait ne jamais fléchir. Le regain de force des scientifiques climato-sceptiques, qui se font leurs relais, y est certainement pour beaucoup. Doit-on désormais revoir notre système décisionnel ? Le penser global, agir local va-t-il enfin voir le jour ? Et quel cadre global pourrait le contraindre ? Toujours les mêmes questions sont posés, et toujours pas de réponse claire.






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