L’écologie vue du ciel

30 04 2010

Tout le monde connait le photographe Yann Arthus-Bertrand. Non content de faire de magnifiques clichés de diverses endroits du monde depuis son hélicoptère, il a également réalisé une série de documentaires. Je viens donc de finir la « saison cinq », et je dois dire que malgré ses défauts, notre ami l’hélicolo a compris beaucoup de choses.

Il propose en effet de traiter plusieurs sujets à travers trois films. Tout en voyageant au dessus de paysages à couper le souffle, Yann nous amène à la rencontre de plusieurs personnages. Chacun exerce une activité avec passion et accepte de nous la faire partager. Chacune est unique, et la diversité est telle que l’on a pas le temps de s’ennuyer. Il couvre de très larges problématiques, mais illustrées par des exemples très concrets. Certains sont inconnus et mène un combat local, comme Margane Turband qui tente de sauvegarder les côtes hawaïennes. D’autres sont mondialement connus à l’instar de Muhammad Yunus, l’inventeur du microcrédit. En général, le point commun de tous ces gens est leur volonté de changer les choses, d’évoluer vers un monde meilleur. Mais le photographe laisse s’exprimer des voix très différentes. Ainsi, dans son documentaire sur « la fin du pétrole », on assiste à une interview du directeur de Total avant de suivre la vie d’un Belge ayant décidé de vivre sans consommer la moindre goutte de combustible fossile. Ces documentaires sont donc à la fois fouillés et variés. Le tout est épicé de ces voyages en plein ciel qui nous font tous rêver.

Via ses films, Artus-Bertrand tente de sensibiliser aux problèmes de notre société actuelle. Mais son but n’est pas la culpabilisation, tout est fait sur un fond d’optimisme. Il reste cependant conscient de l’immense chantier qui se tient devant nous. Il met également bien en évidence le lien étroit entre la protection de l’environnement et la luttes contre les inégalités. Il ne faut donc pas hésiter: ses documentaires sont à la foi intéressants et divertissants. A voir et à revoir!

Site de l’émission, la saison 5 se compose des épisodes:
« Toujours plus! »
« La fin du pétrole »
« Les héros de la nature »




Pourquoi déployer tant d’énergie pour ne rien faire ?

13 04 2010

Comme certains ont pu le constater, le climato-scepticisme est très à la mode en ce moment. Surfant sur la vague (ou à l’origine?) notre ami Allègre en profite pour se faire inviter régulièrement sur les plateaux télé et vendre sa littérature au grand public. Mais son show ne fait pas que des heureux. En effet, plusieurs centaines de scientifiques provenant des diverses disciplines climatiques se sont récemment rassemblés pour envoyer une lettre au gouvernement l’invitant à réagir face « aux accusations mensongères » de Mr. Allègre. Valérie Pecresse s’est empressée de confirmer sa confiance envers les sciences du climat et a promis d’organiser un débat serein sur la question. Cette mobilisation exceptionnelle vise à dénoncer les méthodes de Mr. Allègre. En effet, ses objections ne respectent pas du tout les règles d’un débat scientifique.

Pour mieux comprendre, je vais commencer par vous faire profiter de mon point de vue de jeune chercheur pour expliquer comment la recherche scientifique communique et débat. Lorsqu’un scientifique obtient des résultats nouveaux, il doit les faire « valider » par la communauté. Ce procédé fonctionne via des revues spécialisées. Concrètement, on envoie un papier expliquant les résultats obtenus, le protocole utilisé ainsi que la conclusion des mesures. Le texte est alors envoyé à plusieurs autres chercheurs spécialisés dans le même domaine, qui acceptent de jouer le rôle de « relecteur ». La publication est alors acceptée uniquement si le papier ne contient pas d’erreur, et si la démarche est cohérente. La recherche actuelle fonctionne aussi beaucoup par internet pour la communication des résultats. En effet, parallèlement aux revues, les publications sont souvent également diffusées sur la toile (par exemple en science physique, la majorité passe par le site arxiv.org). Mais il est important de rappeler que si ces archives web permettent une diffusion rapide et efficace des travaux, ils ne garantissent pas la qualité de ceux-ci. L’évaluation du travail se fait donc essentiellement par le biais des revues. Bien entendu, il arrive souvent que malgré cela, des résultats en particulier soient faux ou incomplets. Dans ce cas, lorsqu’une autre équipe de recherche s’en aperçoit, elle propose la publication d’un autre papier en réponse, qui explicite les erreurs du premier et apporte une nouvelle réponse au problème. Voilà donc le modèle actuel du débat scientifique. Celui-ci ne peut évidemment fonctionner que grâce à l’intégrité des chercheurs, qui s’engagent à ne pas déformer d’autres résultats et/ou reconnaître les erreurs lorsqu’elle sont démontrées.

Mais la prose de notre ami Claude n’entre malheureusement pas du tout dans ce cadre. Tout d’abord, son livre, grand public, n’est réévalué par aucun scientifique avant sa publication. Cela ne serait pas forcément un problème si il ne prétendait pas « démontrer » les erreurs du GIEC. En effet, il joue de son crédit scientifique, en tant que chercheur CNRS, et affirme ce qui l’arrange. « Toutes les courbes [y] sont redessinées. Il y a donc des inexactitudes ou même des exagérations par rapport aux originaux. C’est un choix éditorial » explique-t-il. Mais tout le monde peut retracer des courbes à sa sauce. Il ne faut pas tout mélanger, les arguments scientifiques et la conviction politique.

Cela dit, je suis personnellement très déçu de toute cette médiatisation. Tout d’abord, on comprend vite que les motivations du climato-scepticisme ne sont en général pas celles d’un débat scientifique. Ce qui dérange vraiment les gens, ce ne sont pas les incertitudes scientifiques, ce sont les conséquences que cela aurait sur notre mode de vie. La confirmation du dérèglement climatique implique nécessairement la refonte de notre système de production et de consommation. C’est bien pour cela qu’Allègre préfère séduire les foules plutôt que de participer à un débat scientifique. Beaucoup de gens ne demandent qu’à croire que l’on a pas besoin de changer quoi que ce soit.

Le vrai problème de ce « faux débat » est qu’en réalité, la conclusion du changement climatique ne devrait pas influencer les décisions politiques. En effet, il y a beaucoup d’autres raisons, toutes aussi graves, qui doivent nous pousser à changer. Notre économie est fondamentalement dépendante des énergies fossiles, et nous savons tous que les stocks sont limités. Attendrons-nous d’être complètement acculés pour décrocher ? Le modèle agricole est aussi un enjeu d’échelle mondiale, et il cumule les problèmes environnementaux et sociaux. L’agriculture intensive détruit l’écosystème locale et stimule la déforestation. Parallèlement, on est confronté à l’absurdité d’une production suffisante pour nourrir la planète, mais qui laisse un milliard d’humain souffrir de la faim. Il y a aussi toutes les pollutions et inégalité locale que notre soif d’énergie nous fait alimenter. Comme au delta du Niger ou Total et Shell pillent les ressources pétrolières d’une population toujours plus pauvre. Et ces exemples-là se ramassent à la pelle ([1][2][3][4], etc.).

Nous avons 1000 raisons de changer notre comportement, le climat ne devrait-être qu’une sonnette d’alarme de plus. Toute cette vague du climato-scepticisme laisse entendre que ce dernier est le seul problème de notre industrie, et encore, « on en est pas sur ». Pourquoi changer alors ? C’est donc là qu’est commise la plus grosse erreur. Oui, l’impact de nos émission de CO2 est une question difficile, mais laissons celle-ci aux experts. Nous devons de toute façon guérir de notre addiction à l’énergie. Quoi qu’il arrive, nous devons repenser notre consommation et l’organisation de notre société.




Vers une société de confiance ?

7 04 2010


Video : Yann Algan est l’auteur en 2008 de « La société de défiance : comment le modèle social français s’autodétruit » prix du livre d’économie 2008. Il a obtenu le prix du jeune économiste en 2009.

Une société de défiance et non une société de confiance ! Yann ALGAN dresse un constat inquiétant de la situation en France. On est loin derrière les anglais ou les scandinaves : peu de confiance envers les institutions, l’Etat. On peut remarquer aussi aisément le peu de confiance (flagrant) envers les forces de police. Alors qu’on peut avoir un sentiment de sécurité à côté d’un bobby, on s’attend plus à des altercations à côté d’un gardien de la paix. Sentiment général ? Pas une vérité absolue heureusement…

Quel rapport avec le DD me direz-vous ? Peut-on imaginer un mode de vie durable, équitable, dans une société de défiance ? Car les français n’auraient pas confiance non plus en leurs propres concitoyens (un véritable débat sur l’identité nationale aurait pu changer cela. On pourrait revenir sur les intentions du gouvernement mais c’est un autre débat).

Comment imaginer alors des systèmes de coopération, une plus importante utilisation des transports en commun, d’autopartage ou de covoiturage, etc ? Les services de mobilité de demain notamment reposent sur une confiance entre citoyens, institutions, autorités, de par l’utilisation de données publiques, la surveillance ou tout simplement le côté « vivre ensemble ».

Résistance de l’auto-solisme, climato-scepticisme. Manque de confiance, défiance ? Peut-être. Comment s’en sortir ?

That is the question.




L’addiction à la croissance ne réussit pas toujours à la Chine

2 04 2010

Ordos, voilà un lieu bien singulier. Cette ville chinoise a tout pour plaire : opéra, stade, musée, palais des expositions… Ses bâtiments flambants neufs sont sensés accueillir 1 million d’habitants. « Sensés » ? Et oui, car cette splendeur des temps modernes est en fait une ville fantôme !

Nous sommes en 2004, dans la vielle ville de Ordos. La province joui alors d’une des plus fortes croissances de Chine. Désireux de maintenir son essor, le gouvernement local investît plus de 2 milliards d’euros dans un grand projet de construction : Ordos la nouvelle. Le but est clair : « désengorger » la vieille ville, créer un nouveau pôle économique et promouvoir ainsi une croissance effrénée.

Malheureusement le résultat est tout autre, les habitants de la vieille ville refusent de déménager. Bien sur, la région pensait bien faire. Si le gouvernement chinois prévoit de gros chèques pour soutenir les grands projets immobiliers, c’est qu’il doit y avoir une raison ! Les promoteurs se sont aussi jetés sur l’occasion pour placer leur argent. Mais voilà, personne ne veut habiter une ville fantôme.

Cette ville est-elle un symbole de la défaillance du système économique ? Pour maintenir artificiellement la croissance, la Chine est prête à investir des milliards dans la construction d’un mirage. N’est-ce pas là le signe que la recherche perpétuelle de croissance est absurde ?

Merci à Marc pour cette trouvaille! Voir aussi le site d’Arte pour une version française des faits.






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